15 mai 2008
Changement de cycle ?
La victoire du néo-libéralisme économique dans les années 80 et 90
Un vent neuf se lève concernant le débat politico-économique au niveau mondial. Il est encore discret et léger mais existe bel et bien.
Depuis la fin des années 70, le monde des idées, les politiques concrètes des Etats ont été profondément marquées par le renouveau du libéralisme économique qui, on le sait, avait pour objectif d’en finir avec les interventions étatiques massives qui avaient marqué les « Trente Glorieuses » et surtout de casser des compromis sociaux considérés comme trop favorables aux salariés.
Partout la Gauche se montre impuissante à offrir une alternative et le libéralisme économique prospère de nouveau, accompagnant le premier stade de la globalisation en promouvant un libre-échange absolu, une mobilité complète du capital, une réforme drastique des modèles sociaux ainsi mis en concurrence. Cette victoire néo-libérale s’explique par bien des causes qui seraient un peu fastidieuse à énumérer, en voici sans doute quelques-unes : révolution technologique informatique, volonté des actionnaires de mettre fin à des cycles inflationnistes ruinant leurs rentes, abaissement sans précédent des coûts de transport, faillite économique et morale du communisme européen, début de l’émergence asiatique.
Les difficultés de la Gauche
La Gauche occidentale se trouve alors dans une terrible situation : elle perd peu à peu une bataille idéologique concernant les principes d’égalité et de justice et est dans l’impossibilité de créer un contre-discours autre que défensif. Ainsi, le libéralisme apparaît comme étant injuste mais aussi comme « efficace ». Alors, dans de nombreux pays, la Gauche est sommée de s’adapter à une modernité libérale qu’elle tente seulement d’atténuer.,
Globalement, durant les années 80 jusqu’à aujourd’hui, tous les grands partis de gauche européens se rallient à un libéralisme social qui semble la seule voie possible. Dans un premier temps les résultats suivent : victoire de Clinton aux Etats-Unis puis « vague rose » en Europe à la fin des années 90 avec Blair, Schroeder et Jospin ( même s’il faut noter l’originalité des trois premières années du gouvernement Jospin, souvent à contre-courant : 35h, emplois-jeunes). Puis dans un deuxième temps (les années 2000), les défaites se succèdent aux défaites face à une nouvelle droite alliant ultra-libéralisme économique et radicalité culturelle et idéologique ( effet post-attentats du 11 septembre 2001). Ainsi, les gauches nord-américaines et européennes se retrouvent toutes aujourd’hui dans l’opposition sauf au Royaume-Uni et en Espagne ou alors en coalition avec la droite dans quelques pays.
Le constat est clair, face à une droite décomplexée, une gauche ayant ralliée les axiomes fondamentaux du néo-libéralisme (tout en atténuant leur portée) paraît sans intérêt aux électeurs, pire sans utilité.
Pourtant, durant toutes les années 90, la contestation face au néo-libéralisme n’a cessé de grandir parmi de nombreux peuples de la planète. Elle s’est incarnée de façon originale dans le mouvement alter-mondialiste qui a su pointer les deux impasses fondamentales de la globalisation libérale : l’explosion des inégalités et les désastreuses conséquences écologiques de ce processus mais ce mouvement, malgré toute son énergie n’arrive alors pas à donner de traduction politique concrète à cet engagement. Seule l’Amérique du Sud, bien au-delà du phénomène Chavez bascule clairement à gauche, montrant peut-être, les voies d’un possible renouveau.
L’épuisement actuel du néo-libéralisme
Ce grand cycle libéral semble pourtant donner de clairs signes d’épuisement.
Ils sont avant tout économiques : la crise des subprimes remet clairement en cause le laisser-faire dans le domaine financier, la crise énergétique fait douter de la viabilité de notre modèle de croissance, la libéralisation du commerce mondial est remis en cause partout, la crise agricole actuelle poussant à protéger les productions nationales. Dans les faits, c’est le grand retour des Etats : mainmise sur les ressources énergétiques nationales en Russie, Amérique du Sud ; stratégie macro-commerciales comme la Chine en Afrique, ;retour de certaines formes de protection de l’industrie (sauf en Europe) ; soutien déficitaire des banques centrales aux grands organismes de crédit (voire renationalisations dans certains cas comme en Grande-Bretagne de certains établissements).
Ils sont aussi écologiques avec la prise de conscience progressive de la réalité des actions humaines concernant l’environnement et l’incompatibilité du laisser-faire économique avec notre propre survie. Cette remise en cause du néo-libéralisme pose tout d’abord question aux élites économiques ; il suffit de remarquer le nombre d’articles de journal émanant de la sphère financière réclamant de nouvelles formes de régulation mais se traduit déjà politiquement, par exemple dans le débat électoral américain où les questions sociales, de protection de l’industrie et de l’emploi sont devenues centrales.
Sans exagération, on peut constater l’ébranlement de la domination de la pensée libérale dans le domaine économique, c’est une nouveauté par rapport aux vingt-cinq dernières années.
Pour une gauche vraiment moderne !
Un grand risque menace pourtant. Une mise entre parenthèses du libéralisme n’est pas forcément synonyme de progrès politique et social. L’intervention étatique peut être autoritaire, anti-démocratique et anti-sociale (La Russie et la Chine donnent des signes inquiétants sur ce sujet).
La question qui se pose alors à la gauche est alors simple : est-elle en capacité de comprendre le cours nouveau des choses, de comprendre les chances et les risques qu’il recèle et de proposer de nouvelles régulations des sociétés basés sur des principes démocratiques, écologiques et de progrès social ?
Au-delà des mots, l’exemple français peut faire douter. Comme souvent, les grands leaders socialistes français semblent déconnectés de la réalité présente. On assiste ainsi à une surenchère permanente appelant le PS à s’adapter à des réalités et des discours libéraux dominants..Dans les années 80 et 90 ! On peut faire une comparaison avec le même retard du PS en 1981, arrivant au pouvoir bardés d’analyse datant des années soixante en pleine vague néo-libérale !
Le congrès qui s’annonce doit donc bien être celui de la modernité mais attention, la vraie, pas celle d’éditorialistes poussiéreux en place depuis trente ans étant systématiquement en retard sur les évolutions du monde ou celle de leaders socialistes ayant subordonné toute analyse politique à leur cote éphémère dans l’opinion.
Soyons courageux et réalistes, regardons le possible !