21 avril 2008
ne pas se tromper de débat
Ce soir encore j'ai entendu un responsable du PS dire que l'attitude gouvernementale était mauvaise concernant l'Education Nationale et les mouvements lycéens car les explications n'étaient pas bonnes et les décisions trop brutales.
En gros, c'est un problème de forme et non pas de fond, il faut faire baisser le nombre d'enseignants mais en expliquant "mieux". Derrière cela se cache le mythe de la révolution du métier d'enseignant: 35h dans les établissements, polyvalence "des tâches" (en gros encore ajouter des tâches administratives), encadrement para-scolaire...
Ce soir je n'ai même pas envie d'argumenter, seulement de me souvenir de mes années d'enseignement de collège, de saluer tous ceux qui vivent la difficulté quotidienne de ce métier dans certains lieux et prendre le risque de la démagogie en invitant tous les petits marquis et marquises du social-libéralisme à venir passer une semaine dans certains établissements, ils comprendront peut-être l'ineptie de leurs conceptions.
Par ailleurs, il faudra faire des propositions, c'est pour bientôt, avec d'autres, mais un autre jour.
14 avril 2008
Changement d'époque?
L'humanité a réussi l'exploit de nourrir plus et mieux une population en forte croissance depuis le XIXème siècle et les révolutions industrielles. Depuis au moins dix ans nous savions que les Révolutions Vertes appuyées essentiellement sur la mécanisation et la chimie ne pourraient augmenter substentiellement la production alimentaire sauf à mettre l'environnement encore plus en danger et à freiner radicalement la réduction des surfaces agricoles (donc l'urbanisation et l'industrialisation des Pays en Voie de développement) alors que la population augmentera au moins encore de trois milliards d'habitants d'ici 2050. Ce fait est la raison essentielle de la dramatique crise alimentaire que nous vivons et que les populations les plus faibles de la planète subissent en premier.
Pourtant des causes conjoncturelles ont sans doute anticiper l'essor des problèmes. Ainsi l'explosion de la demande de la Chine et de l'Inde en produits diversifiés (conséquences de l'apparition de classes sociales aisées) mais surtout la crise financière des "subprimes" expliquent la rapidité de l'extension des phénomènes de renchérissement. En effet, d'énormes masses de capitaux se sont détournées des marchés financiers et pour une part immobiliers; la production alimentaire sert aujourd'hui de "valeur-refuge" et entraîne des phénomènes de spéculation très graves.
Tout est donc lié, les désordres du capitalisme financier accentuent les disfonctionnement de la production alimentaire, dans les faits, la mondialisation néo-libérale est confrontée à sa première grande difficulté depuis...Longtemps. L'enchainement de la crise financière puis alimentaire montre que la phase d'anarchie libérale est sans doute terminée. Partout la demande de régulation publique s'affirme, même dans les journaux ou institutions les plus conservateurs. C'est une exigence pour la Gauche , dans le monde, en Europe et en France, enfin l'idéologie libérale affiche ce qu'elle est, un dogme économique inefficace et dangereux.
Une Gauche moderne sera celle qui saura rompre avec l'archaïsme libéral des années 80 et 90 pour ouvrir une voie progressiste, démocratique et écologique à la planète, il y a urgence car concilier par exemple les besoins alimentaires et la préservation des équilibres naturels fondamentaux ne sera pas simple mais est une obligation vitale. Il y a urgence aussi car les crises du libéralisme n'ont pas automatiquement pour conséquence le retour hégémonique d'une gauche authentique, elles peuvent conduire à des formes de régulation autoritaires et anti-humanistes, nous le savons.
08 avril 2008
Paris-Métropole, l'avenir se dessine
Jeudi dernier, Jean-Paul¨Planchou, président du Groupe Socialiste à la Région a présenté le rapport de la commission ad hoc qu'il présidait concernant l'organisation institutionnelle de l'espace francilien, notamment la zone dense.
Les conclusions de ce rapport peuvent être porteuses de projets partagés entre le Ville de Paris, la Région et les autres institutions d'Ile de France. En effet, concernant la zone dense, le rapport préconise la mise en place d'un syndicat à vocation opérationnelle piloté par la Conférence Métropolitaine.Cette approche pragmatique qui ne néglige pas la question institutionnelle engage par ailleurs à une accentuation de l'organisation intercommunale, sans préjuger de ce que fera Paris et ses voisins immédiats dans ce domaine
Par ailleurs, ce rapport a une ambition plus large concernant l'organisation institutionnelle de l'Ile de France et le financement de l'action publique locale. Il est une base de travail crédible pour repenser les dynamiques régionales et donner à la Région les moyens de ses ambitions. Par exemple, l'idée de créer un syndicat régional du logement comparable à celui qui existe pour les transports ou de renforcer juridiquement le rôle de l'établissement foncier régional doit être approfondie.
Ainsi, loin du volontarisme de pacotille pratiqué au plus haut sommet de l'Etat, la Gauche, à Paris et en Ile de France avance aujourd'hui de vrais pistes pour l'avenir de 12 millions d'habitants
31 mars 2008
A propos du réformisme
Depuis quelques années, surtout depuis le dernier congrès du PS à Dijon en 2003, il est de bon ton d’utiliser le terme de « réformisme » pour identifier ce que devrait être la nouvelle posture idéologique des socialistes. Ainsi s’opposerait une Gauche « réformiste » à une autre, que l’on ne sait vraiment qualifier, un syndicalisme « réformiste » à des organisations professionnelles identifiées comme « contestataires », ou encore, dans nos rangs même, une sensibilité « réformiste » qui s’écarterait d’un socialisme « dogmatique » ou « archaïque ».
Les sémantiques politiques, les qualificatifs, ont souvent pour fonction de tracer une frontière, d’indiquer là où se situerait le « vrai », l’acceptable par opposition à l’hétérodoxe, voire à l’hérétique. Ainsi, de la fin du XIXème jusqu’aux années 80, l’adjectif « révolutionnaire » était la marque des vrais militants de Gauche, le réformisme était alors une « déviation », une tentation opportuniste, la dictature du terme était telle que bien peu étaient ceux, dans le socialisme français qui assumaient de n’être pas ou plus pas révolutionnaires, que leur but n’était plus le changement de société mais bien de réformer la société dans le sens de la démocratie et de la justice sociale.
Il semble qu’aujourd’hui les situations s’inversent, le « révolutionnaire » est montré du doigt car irresponsable, passéiste ou faisant germer la tentation totalitaire quand le « réformiste », vertueux par essence intègre la tolérance et le pluralisme politique, du côté d’un Bien en soi.
Certes, le socialisme d’aujourd’hui se doit sans doute, dans les pays démocratiques, d’être réformiste, encore faut-il donner un contenu au terme, en saisissant sa spécificité historique, en déterminant ce qu’il n’est pas (en le distinguant de la simple volonté de réforme), en tentant de le définir dans le contexte socio-politique français et européen.
Le socialisme français ou le réformisme sans le dire
Le socialisme français a bien eu du mal à rompre avec des visées proprement révolutionnaires, c'est-à-dire en ayant pour but affiché le renversement du système capitaliste pour édifier une économie et une société fondées sur la propriété sociale exclusive des moyens de production.
Ainsi, si Jaurès était attaqué comme réformiste, il n’a jamais assumé ce mot, assurant de l’aspect inéluctable de la fin du capitalisme et du caractère révolutionnaire de sa généalogie préférée : la Révolution Française comme préalable à la révolution sociale.
De même, Blum ne se sépare pas des futurs communistes en 1920 par réformisme. Il veut au contraire démonter qu’il est, lui, un vrai marxiste et que le léninisme est une déviation par rapport aux thèses révolutionnaires classiques.
La SFIO d’après-guerre choisira le dogmatisme molletiste, affirmant le caractère révolutionnaire de l’organisation.
Même des mouvements comme le PSU, « berceau » de nombre de « réformistes » revendiqués aujourd’hui, rejetteront le réformisme social-démocrate et porteront au PS d’Epinay des accusations de tiédeur à propos de ses convictions révolutionnaires.
Et pourtant, celui-ci, n’acceptera officiellement la fin de ses perspectives révolutionnaires qu’au congrès de l’Arche en 1992…
Certes, tout le monde est d’accord, derrière les mots, les socialistes français ont bien toujours pratiqué le réformisme, voire un opportunisme honteux dans ses errements les plus critiquables (Union Sacrée en 14, attitude de la majorité des parlementaires socialistes face à Pétain, politique de la SFIO sur la question coloniale).
Comment alors définir le réformisme ?
Il faut tout d’abord le différencier de la volonté réformatrice, celle-ci n’est l’apanage d’aucun camp politique en particulier. Les néo-libéraux peuvent être réformateurs, Margaret Thatcher l’a amplement démontré . Eux aussi cherchent à progressivement modifier la société, cela n’en fait pas des réformistes. En effet, le réformisme est par nature attaché à la Gauche (d’où l’absurdité du vocable « réformisme de Gauche »), notamment dans son opposition à la perspective révolutionnaire.
Son apparition en France qualifie tout d’abord ceux qui veulent progressivement mettre fin au capitalisme (conservant ainsi un objectif révolutionnaire) par des vagues successives de réformes, donc qui acceptent le cadre de la démocratie « bourgeoise ».
Après la deuxième Guerre mondiale, Daniel Mayer et Léon Blum sont qualifiés de « réformistes » car ils souhaitent que la SFIO s’écarte du marxisme, en ne faisant plus de l’abolition du capitalisme une priorité mais en s’engageant à suivre des valeurs (démocratie et justice sociale).
On le voit , la définition du réformisme n’est pas simple, on peut tenter de le résumer comme une tentative progressive de modifier les règles sociales, dans le respect de la démocratie formelle, afin d’aller vers toujours plus de démocratie réelle (égalité concrète, justice sociale, exercice réel du pouvoir politique par les citoyens).
Pour autant, rien n’est réglé !
A partir de cela, tout reste à discuter : quelle analyse fait-on de la société, des causes des inégalités, des réponses que l’on veut donner, des stratégies que l’on emploie. Un des charmes du réformisme est justement sa nuance d’indétermination.
Ainsi, le réformisme n’est en aucun cas un projet politique mais un paradigme posant les bases de l’action. Cette définition du réformisme englobe ainsi tout le PS, aucune sensibilité ne refusant le cadre de la démocratie formelle pour agir, on peut même dire qu’au-delà des mots, l’ensemble de la Gauche a des pratiques réformistes et que bien peu de révolutionnaires affichés agissent comme tels… (Tout ceux qui ont un jour eu à se confronter à la LCR ou même à LO savent de quoi il en retourne).
En définitive, dire que le PS est réformiste est un simple pléonasme qui ne résout aucune question sérieuse (analyse, orientation, stratégie). Prenons garde de ne pas se servir de ce terme comme un pauvre moyen d’excommunication politique, manichéen car créant artificiellement des clivages simples, donnant le sentiment d’être identifiant, sans doute mais ne reposant sur aucune base historique ou idéologique.
Tous les socialistes sont peut-être réformistes, cela ne leur donne pas un programme !
Tous les socialistes sont peut-être réformistes, cela n’intéresse qu’eux-même.
27 février 2008
Le socialisme, la vraie modernité
Paris est en campagne, comme le reste du pays. 36000 élections différentes et sans portée nationale ? Ce sera la thèse de tous ceux qui auront et ont intérêt à dépolitiser ce moment citoyen. Pourtant, huit mois après l’élection de l’hybride président de la République, curieuse chimère alliant le guignol de Bonaparte et l’immaturité d’un collégien, le paysage change, en surface comme en profondeur. Pour les commentateurs le mal a un nom, et brûlant ce qu’ils ont adoré, Nicolas Sarkozy serait la source de tous les péchés. Certes, le président de la République étonne par son manque de cohérence, son égocentrisme et son insouciance ; il inquiète aussi par son étrange légèreté à manipuler les thèmes les plus sensibles. Mais s’arrêter là pour la Gauche, c’est refuser de montrer qu’au-delà d’un individu et une pratique du pouvoir, c’est une politique qui est vouée à l’échec, en France comme ailleurs.
Quatre défis mondiaux majeurs nous attendent dans les prochaines années : nourrir la population ( l’augmentation des prix alimentaires n’étant que le prélude à une situation tendue), réguler les changements climatiques au rythme angoissant, construire un système économique mondial stable et juste, combattre la formidable explosion des inégalités, concentrant tous les pouvoirs dans les mains d’une petite minorité.
Qui peut croire que le néo-libéralisme soit un instrument pertinent pour donner une réponse à ces lourdes questions ? Qui peut penser que la concurrence des agents économiques soit la réponse aux interrogations de l’heure ? Comment imaginer qu’une vague gauche rose pâle ayant admis tous les axiomes économiques et sociaux de la droite puisse offrir un chemin crédible ? On ne peut rester vingt ans en arrière, ancré dans des problématiques qui n’ont pas de sens, qui ne saisissent pas la phase d’instabilité profonde dans laquelle est entrée le capitalisme mondialisé.
Le premier acte pour nous militants parisiens est simple : offrir à la Gauche une belle victoire en redonnant un deuxième mandat essentiel pour notre ville à Bertrand Delanoë ; Paris, les socialistes parisiens peuvent être, doivent être, un des ferments à la reconstruction de notre camp.
26 février 2008
L’organisation de la zone centrale, un enjeu politique majeur
Comme d’habitude, Nicolas Sakozy croit allier démarche d’avenir et « coup » politique en tentant le coup de force concernant l’organisation territoriale de l’Ile de France.
Dès son discours de Roissy, le Président de la République a annoncé une réforme rapide des institutions territoriales de notre région, avec comme objectif la création d’un « Grand Paris », c'est-à-dire d’une communauté urbaine institutionnalisée. Nicolas Sarkozy a ainsi plusieurs objectifs. Le premier est de démontrer son volontarisme et sa capacité « visionnaire », le deuxième est de placer la Ville de Paris et la Région Ile de France en opposition et donc d’affaiblir la gauche francilienne, le dernier est de rendre Bertrand Delanoë minoritaire politiquement dans une organisation pan-parisienne où la Droite serait majoritaire.
Las, comme souvent, les annonces étaient précipitées, mal préparées techniquement et politiquement et nous assistons à un gel des ambitions présidentielles, sans doute devant la fatigue des élus UMP de la proche couronne n’ayant aucune envie de perdre une grande part de leurs prérogatives.
Pourtant, si Sarkozy est tombé de sa planche de surf, la vague existe bien et la question de l’organisation de la zone dense et centrale de l’Ile de France se pose. Notre région connaît une situation particulière du fait du nombre d’acteurs ayant une légitimité pour intervenir dans son gouvernement. Historiquement, l’Etat a eu un rôle majeur d’aménagement et de réflexion stratégique ; les départements sont un cadre de référence au-delà de Paris ; les communes et agglomérations ont une visibilité forte auprès des citoyens ; la Région monte en puissance depuis une dizaine d’années. Aussi, alors que la situation institutionnelle est complexe, notre région est également confrontée aux conséquences du développement actuel du capitalisme mondialisé : urbanisation anarchique, ségrégation et montées des inégalités spatiales, pollutions,insécurité.
Face à l’éclatement territorial que nous connaissons, plusieurs stratégies sont possibles. On peut tout d’abord conserver l’anarchie institutionnelle actuelle ; la pratique du co-financement et le manque de clarté des compétences respectives rendent illisibles les objectifs et handicapent l’Ile de France au niveau européen et mondial..
La deuxième possibilité est le schéma inverse, c'est-à-dire choisir un ou deux acteurs comme chefs de fil principaux au détriment de tous les autres. Pour séduisante qu’elle soit, cette perspective est sans doute vouée à l’échec : la coalition des « perdants » sera assez forte pour faire échouer un réaménagement brutal.
Ainsi, nous sommes condamnés à la pédagogie par le mouvement et l’incitation. Il faut savoir organiser des convergences fortes et des concertations par projet , la question institutionnelle ne pouvant être que le produit des besoins.
En cela, le projet de Paris-Métropole de la liste de gauche conduite par Bertrand Delanoë à Paris est une perspective intéressante et crédible. En effet, il préfigure un processus plus qu’un achèvement et repose sur deux axes nécessaires : l’association maximale de l’agent majeur d’organisation de l’Ile de France qu’est la Région et un travail d’élaboration par les élus locaux eux-même concernant les problèmes spécifiques de la zone centrale.
Dans le même temps, la Région a organisé une vaste réflexion concernant le gouvernement de l’Ile de France où il apparaît que l’institution régionale est le meilleur acteur pour réduire les inégalités territoriales au niveau régional.
La Gauche a donc devant elle la responsabilité historique de tracer un chemin clair à notre région, il faudra savoir utiliser intelligemment les outils politiques que nous maîtrisons pour les rendre opérant de manière optimum. Pour éviter que des atouts trop nombreux nous mènent à des oppositions stériles de structures, il nous faut sans doute réfléchir aux différentes échelles géographiques d’intervention en donnant à chaque institution une vraie capacité à agir.
19 février 2008
Une interview de Benoît Hamon
Robert Chaouad : Très présent dans les discours et les commentaires politiques, notamment en période électorale, le thème de la modernité en politique semble avoir changé de sens ou, du moins, d’incarnation.
Benoît Hamon : On a assisté, effectivement, à droite comme à gauche, a une appropriation du thème de la modernité par les deux principaux leaders politiques de la dernière campagne électorale présidentielle. Ce thème de la modernité est ainsi apparu comme la marque de leur pratique du pouvoir et de leurs orientations, l’un comme l’autre souhaitant incarner, à sa manière, cette modernité. Or, Nicolas Sarkozy développe une vision qui tend plus à restaurer ou à enraciner la hiérarchie sociale, à rétablir les privilèges, à remettre en cause le principe de redistribution et tous les mécanismes modernes de luttes contre les inégalités (la sécurité sociale, l’impôt, l’Etat, etc.), un retour à une société d’avant la période des Trente Glorieuses en somme ; quant à Ségolène Royal, chez elle, la modernité, à bien des égards, renvoie à l’abandon de ce qu’était la capacité ou la volonté de la gauche à tordre et à inverser les rapports de force.
RC : Dès lors, comment définiriez-vous, aujourd’hui, la modernité en politique ?
BH : Si l’on considère que la modernité est en soi une forme de rupture avec les dogmes ou les cadres de pensée traditionnels, et si, en plus, on constate que ces cadres imposent des concepts et des solutions dont la mise en oeuvre se révèle être un échec, alors la modernité devrait correspondre à une rupture avec ces cadres-là. La première rupture que la gauche française et européenne devrait mettre en oeuvre, assumer et décliner, c’est celle-là, c’est la rupture avec toute la doctrine économique qui domine, aujourd’hui, le débat européen, qu’il s’agisse des débats politiques à l’intérieur des Etats membres ou au sein de l’Union européenne. Quelle est cette doctrine économique ? Elle se fonde, notamment, sur le primat du consommateur sur le salarié et du consommateur sur le citoyen. J’entends par là que toute la doctrine économique de l’UE parie sur le rétablissement de la compétitivité des économies européennes par la baisse des prix et non pas par l’amélioration de la productivité, c’est-à-dire par l’investissement dans la recherche, le développement, l’éducation et la formation. Or, aujourd’hui, le présupposé de cette doctrine est que la mise en concurrence des acteurs travaille aux intérêts des consommateurs puisqu’elle stimule une concurrence qui favoriserait la baisse des prix. Dès lors que l’on parie exclusivement là-dessus, on assiste, au sein des Etats membres de l’UE, à la mise en place de politiques qui encouragent la baisse des prix et qui, parallèlement, encouragent la modération salariale, favorisent des disciplines budgétaires strictes et donc pénalisent les investissements qui pourraient être fait par les Etats membres. Conséquence de quoi, les citoyens, pour que leur pouvoir d’achat augmente, sont encouragés à consommer en stimulant une concurrence par la baisse des prix et en cherchant les prix les plus bas. Or, en choisissant les prix les plus bas, et donc en stimulant cette concurrence, cela conduit les entreprises à devoir baisser leur coût de production, et pour ce faire à jouer sur la variable d’ajustement sur laquelle il est le plus simple de jouer aujourd’hui, à savoir le coût du travail.
On en arrive donc, et c’est la théorie que je défends, avec d’autres, à faire du consommateur l’artisan de la remise en cause de ses propres droits de salarié et de ses propres intérêts de citoyen. Ainsi, je constate qu’il y a une contradiction absolue à voir que c’est le même gouvernement qui prétend investir sur le long terme avec le Grenelle de l’environnement et qui, dans le même temps, revendique le fait que la France est en retard sur le low cost et devrait mieux se positionner en la matière. Or, le low cost est en contradiction directe à la fois avec ce que devraient être les investissements nécessaires pour assurer la protection de l’environnement et, surtout, cela pousse le consommateur à faire un choix qui remet en cause son propre intérêt de salarié puisque ce choix pousse à la baisse du coût du travail. Je crois, ainsi, que cette doctrine économique, qui désosse méthodiquement tous les modèles sociaux nationaux et qui pousse à des choix politiques qui se détournent des investissements favorables à la protection de l’environnement, eh bien, ce choix de politique économique est le choix avec lequel on devrait rompre. Et la modernité, pour le coup, c’est celle qui s’attaque à ce qu’est la répartition primaire des revenus entre le capital et le travail, entre les profits et les salaires, et celle qui réhabilite l’impôt. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis favorable à la création d’un grand impôt universel qui prenne en charge l’ensemble des prestations universelles (assurance maladie, politique familiale, dépenses publiques, éducation, etc.), qu’on change aussi la principale cotisation qui pèse sur les entreprises et qu’on l’élargisse à la valeur ajoutée. Et donc, en tout cas, qu’on réarme la politique en redonnant, par l’impôt, des moyens d’action à la puissance publique. Ce qu’elle n’a plus. Dans une société prompte à exalter en permanence les devoirs en contrepartie des droits, on oublie que le principal des devoirs qu’acquitte n’importe quel citoyen, c’est justement l’impôt. Et je trouve invraisemblable que l’impôt soit à ce point discrédité aujourd’hui, alors qu’il est l’instrument qui permet, par la construction de biens publics universels, par la construction de services publics, par la mise en oeuvre d’une protection sociale, de lutter contre les inégalités. Il s’agit là d’un point sur lequel, comme think tank, La Forge entend travailler.
Lire la suite : Interview_de_Benoît_Hamon
02 février 2008
La Forge
Le jeudi 24 janvier, Benoit Hamon et Noël Mamère ont présenté la contre
expertise du rapport Attali proposée par la Forge avant de donner la parole aux
économistes invités : Liem Hoang Ngoc, Philippe Moati, Jean-Marie Monnier
et Guillaume Duval.
AVANT PROPOS : 40 EXPERTS FONT-ILS LE
CONSENSUS ?
Il existe aujourd’hui une tendance lourde qui vise à soustraire des sujets toujours plus nombreux à l’examen critique, au crible du débat contradictoire et à conclure à l’archaïsme du clivage gauche/droite.
On finit par se convaincre qu’il existe une réalité objective, décrite par ceux qui savent, les experts. Conséquence de ce « diagnostic unanime », les solutions (les politiques) peuvent différer sur le dosage ou le rythme, pas sur leur nature.
En 250 pages et plus de 300 propositions, le rapport Attali
énumère sans hiérarchie véritable, souvent des poncifs, quelquefois de solides
préjugés idéologiques, mais parfois aussi des mesures utiles. Ce bloc où selon
son architecte principal « tout se tient », décrit-il la seule
politique efficace possible ou une option parmi plusieurs ?
Le rapport Attali doit être lu pour ce qu’il est : un
rapport politique, un parti pris évident en faveur des recettes libérales
classiques. Cela le rend-il moins sérieux ? À l’évidence non. Cela le
rend-il moins légitime ? À l’évidence oui.
D’autres experts réunis par la Forge font à partir des mêmes chiffes, des constats différents. Ils en déduiront d’autres politiques. Ils proposeront d’autres stratégies. Le champ économique même mondialisé propose des options radicalement différentes au choix des citoyens. Notre rôle est de rappeler par cette contre-expertise que ce choix existe.
Téléchargez la contre-expertise de la Forge
30 janvier 2008
La Deuxième Gauche, un socialisme sans but ?
Longtemps réels, puis longuement
fantasmés, les affrontements entre la première et la
deuxième gauche ont alimenté la chronique du socialisme
au moins de la fin des années soixante au début des
années 90. On sait que le terme de « Deuxième
Gauche » apparaît officiellement au congrès
de Nantes de 1977 dans une intervention de Michel Rocard,
s’appropriant une sensibilité « girondine et
régionaliste et autogestionnaire » opposée
à une première gauche « étatiste et
jacobine ».En réalité, l’affrontement
entre ces deux courants du socialisme plonge ses racines dans une
histoire politique beaucoup plus longue et se prolonge encore, même
si les formes organisées de ce clivage n’existent plus
vraiment.
Il ne s’agira pas d’établir une chronique détaillé de l’histoire de la Deuxième Gauche mais plutôt d’établir à chaque étape de ses questionnements une réflexion subjective sur ses apports et ses dérives : Quel inventaire peut-on faire de la Deuxième Gauche aujourd’hui ? Quelle utilité conceptuelle et pratique conserve-t-elle dans la construction d’une gauche de transformation sociale au XXIème siècle en France ?
Il faudra d’abord s’intéresser à ses prémices et constater sa pluralité originelle, puis tenter de comprendre la synthèse originale qui lui fait prendre corps dans les années soixante et enfin remarquer son acmé et son éclatement dans les vingt dernières années.
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